Une intense agitation règne pendant ces journées marquées par de multiples allées et venues entre les villages et les maquis, indispensables au ravitaillement d’un nombre important d’hommes.
Les estimations de l’époque font état de la présence d’environ 350 hommes répartis de manière égale entre le plateau de Sainte Anne et la plaine du Sèze.
Valfère aurait compté jusqu’à 250 hommes1.
S’ajoutent à ces problèmes logistiques les dispositions tactiques à mettre en œuvre en cas d’attaque allemande.
Cette fébrilité est accentuée par plusieurs rumeurs.
La rumeur des rafles
Rapport de la Brigade de gendarmerie de Lambesc du 19 juin 1944:
Monsieur BONNARD Henri, 53 ans, Maire de la commune de La Roque d’Anthéron :
« Vers le 8 juin 1944, des bruits ont couru dans le village faisant ressortir que des rafles massives d’hommes de 16 à 60 ans devaient être opérées les jours suivants par les troupes d’opérations. Pris de peur, la plupart des hommes du village allaient se réfugier dans les collines de La Roque d’Anthéron. […]. »
Monsieur HONNORAT Roger, 30 ans, propriétaire demeurant à Lambesc :
« Le 10 juin 1944, j’ai appris par la rumeur publique que des rafles avaient eu lieu à Pelissanne. Le bruit s’est répandu dans la localité, et de nombreuses personnes s’étant affolées pensant que ces mesures allaient s’étendre à Lambesc, se sont réfugiées dans les bois, dans les cabanons ou chez des parents ou chez des amis dans les campagnes […]. »
Monsieur JACQUEMUS Jules, 53 ans, Président de la délégation Spéciale de Charleval :
« Le 8 juin 1944, une grande partie des hommes de Charleval, principalement ceux âgés de 16 à 60 ans ont gagné la grande colline par peur d’être ramassés par les soldats allemands. En effet, le 8 juin 1944 vers 10 heures le bruit a couru dans le village que des soldats allemands se tenaient à toutes les sorties du bourg et qu’ils étaient prêts à faire une rafle générale […]. »
Pierre LABARRE – Agenda personnel 1944.
« Vendredi 9 juin 1944 : on parle beaucoup dans le village d’un prélèvement parmi les gens du village pour le Service du Travail Obligatoire. Je ne sais sur quoi ces bruits sont fondés.
Samedi 10 juin 1944 : Grande agitation dans le village de Lambesc. Les jeunes ont peur d’une rafle générale dans le village et ils quittent les lieux pour aller camper et dormir dans les bois. De tous les côtés ils s’en vont par petits groupes. »
La rumeur d’un débarquement en Provence :
Jean Claude POUZET – La Résistance Mosaïque.
« Il est vrai que les provençaux attendaient un débarquement sur les côtes de Provence, et l’on pourrait penser que c’est en raison de cette hypothèse que la mobilisation fût totale dans le pays d’Aix. Ils avaient reçu le message d’alerte le 1er juin ; le 5 au soir, la diffusion des messages propres à R 22 ne pouvait que confirmer la justesse de leurs prévisions […]. Mais, le 6 au matin, alors que tout le monde n’avait pas encore rejoint les maquis, les messages de mobilisation sont alors rediffusés en même temps que l’annonce du débarquement en Normandie3 […]. »
Jean-Marie GUILLON – La Provence et la France. Les rencontres de l’histoire. Salon 1993
« […] la Résistance a la certitude que le débarquement en Méditerranée va avoir lieu immédiatement après celui de Normandie. On en est sûr, et une grande partie des évènements qui se déroulent alors découlent de cette certitude, d’où ce véritable mouvement insurrectionnel après le 6 juin. Cette certitude, à mon avis, a été répandue par les unités parachutées les semaines précédentes. Je ne sais si c’est pour des raisons tactiques ou si l’on croit encore chez les alliés tenir ce calendrier, mais il me semble que la responsabilité de cette croyance se trouve là4. On attend d’abord ce débarquement pour le 8 juin, puis un peu plus tard et finalement ce sera le 15 août. Cet écart parait peu de choses. En réalité, ses conséquences seront parfois dramatiques, dans le cas du Vercors en particulier, mais aussi tout près d’ici, à Lambesc par exemple.
Et la Résistance locale en sort partiellement désorganisée. »
César BLANGINO (alias MARTELLI) – Rapport à l’Etat-Major départemental F.T.P.F.09/445
« Un appel de mobilisation avait été lancé dans tous les villages attenants indiquant qu’un débarquement allié allait s’effectuer dans le midi de la France, et que les boches6 allaient rafler les hommes. L’on ne sut jamais qui furent les initiateurs de cela. »
1. Rapport d’activité du mouvement de Résistance du Canton de Lambesc – Raymond ARTUFEL – 19/02/1948
2. Zone correspondant à l’actuelle région PACA.
3. Le débarquement en Provence, un moment envisagé par l’Etat Major inter- allié simultanément avec celui de Normandie, n’aura lieu que le 15 août 1944.
4. Hypothèse fort probable dans le cadre d’une opération de “déception“ menée par les Alliés en vue de “fixer“ les troupes allemandes dans le Sud.
5. FTPF : Francs-Tireurs et Partisans Français. Formations de combats issues du Parti Communiste Français
6. Surnom péjoratif attribué aux soldats allemands.
