Chapitre 2 – La préparation à l’action

Gilbert ROCHE – Récits et témoignages sur la Résistance dans le canton de Lambesc.

Pierre BERTAGNE : « En janvier 1944, le groupe de résistants avait grossi à Rognes. Nous avions formé des sizaines1, avec  à leur tête un chef. Nous avons alors reçu de nombreux parachutages (une quinzaine) à Valfère, La Trévaresse, La Sablière, Le Collet-Redon, qui nous étaient annoncés par les messages personnels, confirmation à 21 heures 30.

Nous nous rendions sur le terrain prévu, (soit une sizaine ou deux) pour récupérer les armes et les munitions parachutées.

[…..]En mai 1944, à tour de rôle, des camarades par sizaines venaient le soir chez moi pour s’instruire et se perfectionner au maniement des armes reçues.

Un soir avec TASSY, nous sommes allés à Saint Cannat dans un cabanon, pour mettre au courant les camarades de ce village. Nous avions sur le vélo, un fusil-mitrailleur et des mitraillettes.

C’est un instructeur anglais qui nous mit au courant du maniement de ce matériel.2 »

Maurice SAUREL : « Nous étions des bûcherons, sous une fausse identité, avec de faux papiers. Notre camp (Les Taulissons près de Jouques) devait servir à la réception de parachutages3 d’armes légères : mitraillettes, fusils mitrailleurs, grenades, plastic.

De quoi faire une action rapide et déguerpir ensuite.

C’était quelque chose de passionnant, par une belle nuit de lune de voir arriver ce gros avion au dessus de nos têtes. Il suffisait d’un peu de vent pour que le matériel tombe un peu partout à la ronde. Et ça, malgré les belles manœuvres du pilote, à basse altitude avec le danger des collines, sur le terrain balisé par nos lampes électriques.

Notre premier travail était de repérer les parachutes éparpillés.

Nous partions à deux pour les camoufler rapidement.

Après il fallait porter le matériel à dos à côté de la ferme. Il n’y avait pas de chemin….

Il fallait enterrer les gros containers métalliques….

ça nous prenait quelques jours .Ensuite un camion « gazogène » venait charger et allait livrer les armes à d’autres groupes de résistants.

Là où des containers étaient tombés dans un champ nous passions la herse pour effacer les traces. »


1. Sizaine(s) : groupe(s) de six personnes

2. Des hommes du Spécial Opérations Exécutive britannique (SOE*), de l’Office of Stratégic  Services américain(OSS), du Bureau Central de Renseignements et d’Action de la France libre(BCRA) […]étaient parachutés, par équipes de trois,  en vue de conduire  des actions de sabotage et de guérilla contre les Allemands, et de diriger l’action des Résistants.

* Réseau action Buckmaster : « Jockey » : chef Francis CAMMAERTS alias « Roger »

3. Les demandes de parachutages à Alger furent effectuées par radio et c’est l’ORA (Organisation de Résistance de l’Armée) qui les demanda via trois radio, un à Aix–Marseille, un à La Motte d’Aigues, et un troisième dans les Alpes Maritimes. Alger confirmait ou refusait ensuite toujours par radio.

Messages envoyés à Alger de Puget Théniers par Joseph CABOT mort lors de son arrestation le 3 mai 1944.

  • Les pommes sont bien cuites : correspondait à un terrain à 9 km ESE de Lambesc (demande du 27.02.44). Les compte-rendus radio vers Alger (arrêtés au 01-05-44) y signalent un parachutage le 23.03.44 et un autre le 06.04.44.
  • Ca c’est de la bagnole: correspondait à Valbonnette, 5 km au nord de Lambesc (demande du 04.02.44).
  • Augereau souviens toi d’Arcole: correspondait à un terrain au voisinage de Sainte Anne, 4km ENE de Lambesc (demande du 04.02.44 annulée car terrain déjà connu de Londres).
  • Bonjour à Lolotte : 9 km EST de Valfère. Parachutage le 15.05.44

Les Sections Atterrissages Parachutages (SAP) étaient chargées de baliser et sécuriser les terrains, et d’assurer la récupération des containers.

Responsable régional: Camille RAYON alias « Archiduc ».

Responsable BdR: Aimé PONTIER alias « Simca »